Un entretien surréaliste

Voici un article que j’ai trouvé sur le blog de Marie-Laure Meyer qu’elle a elle-même tiré du site eglantine.

Ce député, fin connaisseur de la vie politique Française, donne son appréciation de l’actuel Chef de l’Etat.

L’identité de cet ancien député est communiqué en fin de billet, mais pour le plaisir, le mieux est de ne pas tricher et de lire l’entretien avant.

Eglantine : Vous semblez vous tenir très informé de l’actualité politique française. Quel regard portez-vous sur notre nouveau président ?

Le célèbre académicien et ancien député de Paris : Depuis des mois, il s’étale ; il a harangué, triomphé, présidé des banquets, donné des bals, dansé, régné, paradé et fait la roue… Il a réussi. Il en résulte que les apothéoses ne lui manquent pas. Des panégyristes, il en a plus que Trajan. Une chose me frappe pourtant, c’est que dans toutes les qualités qu’on lui reconnaît, dans tous les éloges qu’on lui adresse, il n’y a pas un mot qui sorte de ceci : habileté, sang-froid, audace, adresse, affaire admirablement préparée et conduite, instant bien choisi, secret bien gardé, mesures bien prises. Fausses clés bien faites. Tout est là… Il ne reste pas un moment tranquille ; il sent autour de lui avec effroi la solitude et les ténèbres ; ceux qui ont peur la nuit chantent, lui il remue. Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète.

Eglantine : Derrière cette folle ambition personnelle décelez-vous une vision politique de la France, telle qu’on est en droit de l’attendre d’un élu à la magistrature suprême ?

LCAEADP : Non, cet homme ne raisonne pas ; il a des besoins, il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Ce sont des envies de dictateur. La toute-puissance serait fade si on ne l’assaisonnait de cette façon. Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit, et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve si énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve quelque surprise. On se demande : comment a-t-il fait ? On décompose l’aventure et l’aventurier… On ne trouve au fond de l’homme et de son procédé que deux choses : la ruse et l’argent…Faites des affaires, gobergez-vous, prenez du ventre ; il n’est plus question d’être un grand peuple, d’être un puissant peuple, d’être une nation libre, d’être un foyer lumineux ; la France n’y voit plus clair. Voilà un succès.

Eglantine : Que penser de cette fascination pour les hommes d’affaires, ses proches ? Cette volonté de mener le pays comme on mène une grande entreprise ?

LCAEADP : Il a pour lui désormais l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort et tous les hommes qui passent si facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a à enjamber que la honte…Quelle misère que cette joie des intérêts et des cupidités… Ma foi, vivons, faisons des affaires, tripotons dans les actions de zinc ou de chemin de fer, gagnons de l’argent ; c’est ignoble, mais c’est excellent ; un scrupule en moins, un louis de plus ; vendons toute notre âme à ce taux ! On court, on se rue, on fait antichambre, on boit toute honte…une foule de dévouements intrépides assiègent l’Elysée et se groupent autour de l’homme… C’est un peu un brigand et beaucoup un coquin. On sent toujours en lui le pauvre prince d’industrie.

Eglantine : Et la liberté de la presse dans tout ça ?

LCAEADP : (pouffant de rire): Et la liberté de la presse ! Qu’en dire ? N’est-il pas dérisoire seulement de prononcer ce mot ? Cette presse libre, honneur de l’esprit français, clarté de tous les points à la fois sur toutes les questions, éveil perpétuel de la nation, où est-elle ?

Les propos ont été recueillis par Olav, nouveau chroniqueur sur églantine. Toutes les questions sont actuelles. Toutes les réponses sont de Victor Hugo et proviennent de son ouvrage « Napoléon le Petit », le pamphlet républicain contre Napoléon III.

3 commentaires

3 commentaires

  1. Je commence tout de même à me demander pourquoi Marie-Laure Meyer s’obstine à ne pas parler des élections municipales sur son blog. Elle est bien candidate, non ? Ca ne l’intéresse pas ? Ou elle n’a rien à dire ?

  2. C’est un texte classique.

    Pour ceux qui peuvent se procurer le livre, je conseille dans la même veine (et sur le même sujet) le "Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu" d’Octave Joly. Un grand moment de décryptage politique, de plus en plus d’actualité…

  3. Réponse à Gwen :

    Peut-être est-elle candidate à l’insu de son plein gré ?