Lettre de la FCPE de Nanterre à la directrice départementale 92 de l’Education Nationale

Madame la Directrice Départementale Académique,

Pour la FCPE, l’école publique est un bien commun précieux qu’elle défend bec et ongles contre les assauts de ceux qui pour des raisons idéologiques ou économiques veulent l’affaiblir.
Aujourd’hui, l’éducation à Nanterre n’est pas à la hauteur de ce qu’elle devrait être : l’éducation doit être un outils d’émancipation, de formation à la citoyenneté et au vivre ensemble. C’est tout l’inverse qui se passe.

Qu’est ce que nos enfants apprennent ?
Qu’ils sont abandonnés car les absences d’enseignants ne sont que très peu remplacées. Dois-je vous rappeler, à titre d’exemple, cette classe de CM2 à l’école Jean de la Fontaine au petit Nanterre qui est restée 4 mois sans enseignant malgré la forte mobilisation des parents ? Ce à quoi on nous répond « qu’on a joué de malchance ». Ce sont surtout les enfants concernés qui ont joué de malchance. Comment expliquer aux élèves et à leurs parents que l’école est obligatoire alors que l’Éducation Nationale ne satisfait pas à ses obligations de service public ? Comment expliquer aux familles, en particulier dans nos quartiers populaires, que leur priorité doit être l’éducation de leurs enfants alors que, visiblement, ce n’est pas une priorité pour l’Éducation Nationale elle-même. Nous n’en sommes même plus à demander un service public de qualité, mais à demander le service minimum, des enseignants devant les élèves, et des enseignants qui puissent effectuer leur travail dans des conditions au minimum acceptables. Quand seront étoffés les contingents d’enseignants remplaçants pour pouvoir faire face aux absences ?

La FCPE de Nanterre s’était fixée comme objectif en début d’année scolaire de mener des actions pour tenter de rassurer les parents et diminuer la fuite scolaire au niveau des collèges. Hélas, au vue des évènements et à la situation catastrophique de cette année, cette volonté a vite été abandonnée. La situation dans les écoles sur les non-remplacements mais également sur la dégradation alarmante du climat scolaire dans beaucoup d’établissements, même ceux jugés plutôt « calmes » inquiète énormément. L’apogée de cette dégradation a été les évènements récents qui se sont passés au collège Évariste Galois qui ont incité les enseignants à user de leur droit de retrait à de multiples reprises, et qui inquiètent les parents au point que certains envisagent de retirer purement et simplement leur enfant du collège sans même avoir de solution de repli.
Cette dégradation du climat scolaire a plusieurs conséquences graves sur nos établissements : une défiance de plus en plus forte des parents envers l’institution mais aussi envers les équipes éducatives. Ceci se traduit par une violence qui se développe, et pas uniquement verbale, entre les parents et les équipes enseignantes. Quel est donc le modèle, l’exemple donné aux enfants ? Cette violence se retrouve donc inévitablement dans les cours d’école. L’Éducation Nationale a fait du harcèlement une grande cause nationale, pourtant elle ne semble s’arrêter qu’aux symptômes et aux conséquences et rien ne semble être fait pour tenter de l’éradiquer en amont, en tout cas dans nos quartiers.

Et c’est dans ce cadre, dans cette ambiance, que sont annoncées 10 fermetures de classes « liées à la démographie » sur les écoles de Nanterre comme par exemple dans les écoles Joliot Curie, Abdelmalek Sayad, Lucie Aubrac, Gorki ou même Joinville. Évidemment, elles sont perçues comme une injustice criante pour des écoles dont l’équilibre est précaire car elles ont déjà des classes surchargées, pas forcément en nombre même si c’est le cas dans certaines d’entre elles, mais en difficultés.

Dans une réponse que vous faites au maire de Nanterre, vous justifiez ces fermetures par des chiffres, en expliquant que la situation de notre ville en terme d’élèves par classe est meilleure que le reste du département. Pourtant la situation de Nanterre en terme d’éducation est déjà tellement alarmante, qu’il paraît bien nécessaire que nous ayons ce « privilège » de classes un peu moins surchargées en nombre que les autres villes. Mais dans vos annonces, avez-vous pris en compte les situations particulières de chaque école ?

Ainsi, les parents d’élèves des écoles maternelle et élémentaire Paul Langevin à Nanterre ont bien reçu votre réponse à leur pétition contre les fermetures de classe. Ils l’ont pris comme du mépris face aux problèmes qu’ils soulèvent et sur lesquels ils vous ont interpellée. N’est ce pas le rôle de l’Éducation Nationale de prendre en compte les spécificités de chaque quartier, de chaque secteur? D’autant qu’il est totalement incompréhensible que ces écoles ne soient pas en réseau d’éducation prioritaire (REP) au vue de la catégorie de public qu’elle accueille. Ne croyez pas que les parents qui se mobilisent de la sorte le font uniquement par convenance personnelle ou par confort, que ça les amuse d’occuper l’école ou d’organiser des « nuits des écoles ». Une non prise en compte de ces besoins entraînerait inévitablement une aggravation du climat scolaire déjà bien abîmé dans cet établissement au point qu’il a justifié l’intervention du CAAEE(*). Au vue de la forte mobilisation des parents ainsi que des équipes enseignantes, votre refus de dialoguer risque de se traduire par une radicalisation de ce mouvement auquel la FCPE ne pourra plus rien contrôler. Ce n’est pas une menace mais un risque bien réel face à un désespoir déjà grand et une méfiance manifeste face à l’institution. Les représentants de Parents d’Elèves ont déjà beaucoup de mal à contenir la colère du reste des parents.

Ces mobilisations sont faits par des parents impliqués, qui croient encore dans l’école publique et qui se mobilisent parce qu’ils veulent la défendre. Quelle réponse lui fait l’institution par votre intermédiaire ? Qu’ils ne sont pas entendus ? Qu’il faut accepter un service public au rabais ? Comment alors pouvons nous continuer à tenter de convaincre tous ces parents qui fuient la carte scolaire parce qu’ils ont peur pour leurs enfants ? Comment leur en vouloir ? Pour beaucoup à Nanterre, aujourd’hui, laisser ses enfants dans le service public de l’Education tient ou bien d’une forme de militantisme (au détriment de l’éducation de ses enfants?) ou bien d’un manque de choix et d’information. On est bien loin de la mixité sociale et scolaire nécessaires à l’équilibre dans nos écoles.

L’ouverture de 25 classes de CP et de CE1 à 12 dans les écoles en réseau d’éducation prioritaire est sûrement une très bonne chose mais elle est perçue comme étant faite au détriment des autres niveaux de ces écoles mais aussi des autres écoles, surtout qu’elle s’accompagne dans les réseaux d’éducation prioritaires renforcés (REP+) par la suppression du dispositif « plus de maîtres que de classes », dispositif qui profitait à tous les élèves du CP au CM2. Tant pis pour les élèves du CE2 au CM2 et pour leurs enseignants…

Comme le dit l’adage, on dit que l’éducation coûte cher, mais essayez l’ignorance. A Nanterre, si la situation spécifique de notre ville et de nos quartiers n’est pas prise en compte par l’Éducation Nationale, par exemple en nouant un véritable dialogue avec les parents d’élèves, avec les fédérations comme la FCPE ainsi qu’avec tous les acteurs de terrain, le climat scolaire va continuer de se dégrader, la fuite de la carte scolaire va s’amplifier et je n’ose imaginer quels citoyens seront nos enfants demain.

Je vous prie de croire Madame la Directrice Départementale d’Académie en mes respectueuses salutations,

Gwenael Luneau,
Président de l’Union Locale FCPE de Nanterre,
Administrateur FCPE 92

(*) CAAEE : Centre Académique d’Aide aux Ecoles et aux Etablissements, http://www.ac-versailles.fr/cid108291/dispositif-academique-prevention-securisation.html

Gwen Écrit par :

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