Besoin de gauche, mode d’emploi

Du blog de Pierre Moscovici

Commençons d’abord par une définition négative. « Besoin de gauche » n’est pas un courant de plus au Parti socialiste. A l’origine, c’est le titre d’une contribution, lors du Congrès de Reims, dont j’étais le Premier signataire, et qui militait, entre autre, pour un Premier secrétaire non candidat à la Présidentielle, pour un programme de travail du Parti, sur une ligne réformiste et européenne, pour des primaires ouvertes. Cette contribution rassemblait l’essentiel de « Socialisme et démocratie » – les amis de DSK – « Rénover maintenant » avec Arnaud Montebourg, elle avait vocation, avec Martine Aubry et « la ligne claire » de Gérard Collomb, Jean-Noël Guérini et Manuel Valls, et sans hostilité de ma part envers quiconque, a être la colonne vertébrale d’une majorité sociale-démocrate au Parti socialiste. On sait ce qui est advenu : le démantèlement volontaire, à la Rochelle,de cette contribution, qui avait pourtant rassemblé une foule considérable et enthousiaste, notre dispersion, l’échec du Congrès de Reims. « Besoin de gauche » n’est pas un courant, parce qu’elle n’est pas devenue une motion : elle est le rassemblement de ceux qui, avec moi, ont voulu prolonger la démarche. Mais cette association n’est pas non plus une « écurie présidentielle ». Il ne s’agit pas de promouvoir une candidature à l’élection présidentielle, dont la déclaration serait prématurée, tant l’échéance est lointaine, la situation politique incertaine, l’intérêt général encore difficile à incarner et même à discerner. J’ai dit ma disponibilité, je n’ai affirmé aucune certitude, je ne demande aucune fidélité aveugle, je revendique simplement la capacité à animer une famille de pensée. Celle-ci n’est ni un soutien sans réserve de la direction du Parti socialiste, ni un bâton dans ses roues. Nous n’avons pas, collectivement, pris parti lors du vote sur la Première secrétaire, les uns et les autres ont fait des choix différents, mais nous pensons tous que ce Congrès a été une occasion manquée. Notre attitude, la mienne, sont connues : loyauté au Parti, solidarité avec son action, liberté de ton et de pensée. Nous ne sommes là ni pour promouvoir une ambition, ni pour entraver une démarche collective, moins encore pour comploter ou déstabiliser ce Parti fragile.

Qu’est-ce donc, dès lors, que « Besoin de gauche » ? Tout simplement, je l’ai dit, une famille de pensée, qui croit à la réforme comme méthode – mais la réforme animée par des valeurs de gauche, pas le bougisme à la Sarkozy – qui défend un socialisme à la fois attaché à la production, à l’égalité et au développement durable, une famille de pensée, plaidant pour l’Europe indissolublement politique, économique, écologique et sociale. Notre ambition est à la fois vaste et modeste : contribuer à la double rénovation, depuis si longtemps nécessaire, tant différée, de la gauche. Celle, d’abord, de nos idées, de notre pensée, laissée en jachère, de notre langage, usé jusqu’à la trame. Mais aussi celle de notre vivre ensemble, abimé par des pratiques d’un autre temps, par la dégradation de notre « affectio societatis ». C’est à ce dernier titre que nous défendons les primaires ouvertes, sans en faire l’alpha et l’oméga du renouvellement de la gauche, mais bel et bien avec la conviction que celui-ci ne pourra que très difficilement se faire sans elles. Pour défendre ces orientations, nous avons eu recours à des méthodes originales et novatrices. D’abord, en utilisant plus et mieux que beaucoup d’autres l’outil internet, où nous sommes présents sous plusieurs formes : un réseau social, un site internet, une pétition pour une Convention nationale du PS sur les primaires ouvertes, une lettre électronique, un groupe facebook… Je pense en effet que la politique, aujourd’hui, est toujours affaire de rapports de force, de soutiens partisans – ceux-ci ne sont pas négligeables, ni méprisables, nous en avons de nombreux et de qualité – mais aussi de réseaux très larges, accessibles à tous. C’est ainsi que les démocrates ont modernisé de façon décisive la vie politique américaine, et c’est ainsi – entre autre – que nous changerons la gauche française. C’est sans doute ce qui explique que « Besoin de gauche » attire de très nombreux jeunes, désireux d’apporter leur contribution, de participer à ce mouvement : c’est ce dont je suis le plus fier.