La valeur travail

On entend partout « il faut réhabiliter la valeur travail ». D’abord c’est quoi cette « valeur travail »? Pourquoi aurait-elle été désavouée?

Rien que sur la définition de cette valeur, je ne suis pas sûr qu’elle soit consensuelle. Je vais quand même m’y essayer.
Cette notion signifierait la nécessité de travailler, pour la société comme pour l’être humain.
Pour la société qui doit permettre de subvenir aux besoins de ses personnes : se nourrir, se loger, se vêtir, se divertir, etc…
Pour l’être humain qui doit s’émanciper, se sentir utile, être valorisé.
La rémunération n’est qu’une partie de cette valorisation. Or aujourd’hui on concentre tout sur cet aspect. Je pense que c’est parce que c’est la plus visible, la plus facile à mesurer et qu’elle est nécessaire au quotidien du travailleur. Mais se cantonner à ça est une erreur. Je rappelle qu’un travailleur doit avoir trois éléments pour être un travailleur « heureux »:

  • une rémunération juste, que lui-même trouve juste
  • un intérêt pour son travail. Ce qu’il fait doit l’intéresser
  • de la reconnaissance; ce qu’il fait doit être reconnu

S’il manque un seul de ces éléments, le travailleur se démotive.
Alors il y a le cas des métiers qui ne s’y prêtent pas : on ne peut pas dire, par exemple, qu’un ouvrier à la chaine a des chances de trouver un jour son métier intéressant. Et pourtant… Le faire tourner sur différentes chaines, lui donner des responsabilités de chef d’équipe, l’amener à réfléchir sur ses conditions de travail et des moyens pour les améliorer, etc… En réfléchissant, je suis certain qu’il est possible de trouver des choses intéressantes et valorisant pour tous les métiers.
Sur des éléments comme la rémunération ou la reconnaissance, quelque soit le métier, c’est possible. Il suffit que ça soit intégré dans la formation managériale pour la deuxième et dans la politique ressources humaines pour première.
Il faut juste de la transparence sur ces éléments, que l’employeur communique dessus, énonce les règles du jeu pour qu’elles soient claires pour tout le monde.

Il ne faut pas perdre de vue que le travail consiste à de la subordination. Le but étant de rendre cette subordination acceptable voire même constructive.

Le rôle des entreprises
Les entreprises ont un rôle éminemment important. C’est le lieu où passent le plus de temps les gens. C’est leur activité principale. C’est dire que ces entités doivent jouer un rôle dans l’évolution des mentalités et d’arrêter de croire qu’elles sont à coté de la société. Elles sont en plein dedans et même au cœur. Elles doivent donc participer à plein dans les évolutions de notre société.

La réduction du temps de travail
C’est un débat qui revient souvent sur le devant de scène, la réduction du temps de travail. La démarche semblait logique : La productivité augmente par les progrès technologiques, il faut donc travailler moins pour le même résultat.
De plus, à une période où on nous dit que l’âge de la retraite va être repoussée pour des raisons démographiques, on ne peut plus attendre la retraite pour en « profiter ». Il faut donc en profiter tout de suite!
Effectivement, cette théorie part du principe qu’on en « profite » pas lorsqu’on travaille. En d’autres termes, que le travail est vécu comme une contrainte, une obligation mal vécue.
Je pense que c’est le cas la plupart du temps : les travailleurs attendent le week-end, les vacances, les jours fériés, leurs RTT… Sont-ils si bien que ça à leur travail qu’ils attendent avec tant d’impatience leur temps libre ?
Si leur travail était intéressant, valorisant, les gens iraient avec plaisir, avec passion et n’auraient pas besoin d’attendre le week-end pour se sentir « revivre ».

Ensuite, on entend qu’il faut arrêter les contraintes sur le temps de travail, laisser le choix aux gens qui veulent travailler plus, qu’il faut laisser aux commerces le droit d’ouvrir le week-end…

Le choix… Les travailleurs ont-ils le choix?
Est-ce le salarié qui décide ou son employeur?
N’est-ce pas le patron qui va « choisir » d’ouvrir et qui va « choisir » qui doit travailler? Ou plutôt « inciter » puisque c’est un mot à la mode.
Par exemple en indiquant que seuls les gens impliqués dans leur travail seront reconnus et augmentés. A traduire : ceux qui feront le choix de leur travail plutôt que de leur vie de famille… Ceux qui accepteront de faire des heures pour une hypothétique reconnaissance, ou de travailler le dimanche par crainte de remontrance ou tout simplement par besoin de boucler les fins de mois…

En clair, le « choix » est rarement un choix pour le salarié. Alors après on peut peut-être se dire que ça pourrait se négocier au niveau des entreprises : que celles où le patron n’exerce pas ce genre de pression, ça serait envisageable. Et bien je ne le pense pas. D’une part parce même si le patron n’est pas comme ça, ses sous-fifres le sont peut-être. Ou encore que les syndicats, surtout dans les petites structures, seraient eux-mêmes mis sous pression.
Enfin, il faut faire un choix de société : qu’est-ce qui est prioritaire ? Le travail ou la vie de famille ? Si on autorise le travail du dimanche, les heures sup même à petite dose, progressivement ça va rentrer dans les mœurs, et dans quelques années ça paraîtra normal que le repos dominical soit marginalisé. Il faudra ouvrir des structures de garde pour les enfants par exemple, bref que le dimanche devienne un jour comme les autres. Et alors, quand les enfants et les parents se verront-ils ? Est-ce l’éducation que nous voulons pour nos enfants ? Que ça ne soient que des professionnels (nounou, crèche, garderie, école) qui s’occupent d’eux?

Moi je ne veux pas de ça.

Il faut travailler bien-sûr, comme je l’ai dit plus haut c’est indispensable à l’équilibre de chacun. Mais le travail doit avant tout rester un moyen de subsistance, mais il faut une vie en dehors du travail, où on valorise la vie de famille mais aussi le bénévolat, c’est-à-dire le don de soi gratuitement…

2 commentaires

2 commentaires

  1. cet article est tres intéressant et je partage cette vision des choses.
    Bravo pour ton blog.

  2. Mon ami Gwen, on se connait assez pour que je ne m’étende pas sur ton exposé (tu ne voudrais pas que je fasse aussi long que toi pour t’expliquer que je suis d’accord). Mais tu connais ma façon assez humoristique de percevoir la vie autour de moi (la politesse des désespérés dit-on)… et en te lisant je souriais en pensant au parallèle que l’on pourrait faire entre "valeur travail" et "valeur immobilière" afin de décaper la couche marketing dont notre époque entoure tant d’expression. cette façon d’accoupler des mots pour leur donner une forme "d’indiscutabilité" qui participe largement d’un certain terrorisme intellectuel. Merci donc de t’être attelé avec courage à cette opération de rénovation qui fait craquer tout de suite le vernis de cette ‘novlang’ toujours renouvelée, superficielle et tellement kitch.